Ce n’est pas une nouveauté, les escroqueries sont pour certains un travail à part entière. J’ignore comment les escrocs arrivent à se regarder dans la glace, mais il faut croire que ça ne les dérange pas.
En ce moment, c’est le fameux scam qui fait fureur par e-mail. Ne me dites pas que vous n’avez jamais reçu un e-mail d’une personne habitant dans un pays francophone d’Afrique qui a besoin de votre aide pour transférer plusieurs millions de dollars ? Et qui vous promet, c’est sympa de sa part, de faire fifty/fifty, 50/50 ? Le pire, c’est que c’est gros mais ça marche et des gens se font avoir régulièrement.
Les entreprises, une cible idéale
Il faut savoir que lorsqu’on crée une entreprise, on est la cible d’un spam d’un genre ancien : le spam par courrier. Votre adresse de siège social étant publique, une quantité abominable de pubs va s’engouffrer dans votre boîte aux lettres en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire.
On en reçoit tous les jours. Bien plus qu’un particulier. Pourquoi ? Peut-être parce que le taux de réponse des entreprises est plus important, peut-être parce qu’il y a plus d’argent à se faire qu’auprès d’un particulier. En tout cas une chose est sûre : les spammeurs nous aiment beaucoup.
Certaines lettres sont des pubs tout à fait honnêtes. Les considérations pour la forêt amazonienne mises à part, cela n’est pas vraiment dérangeant et il me faut en général une fraction de seconde pour envoyer à la poubelle sans lire. Peut-être qu’un jour une pub retiendra mon attention, et peut-être que j’y répondrai (il faut bien que des gens répondent pour que les spammeurs aient envie de continuer !).
Cependant, certaines « pubs » sont beaucoup plus vicieuses. Je ne les ai pas toutes recensées, et on ne peut pas vraiment parler d’escroquerie. Juste d‘exploitation de la crédulité des jeunes entrepreneurs qui ne connaissent pas bien leurs droits et devoirs. Bon je sais, c’est à peu près la définition d’escroquerie ça. Je me souviens notamment de lettres tournées de telle façon que ça ressemblait à un papier officiel de l’administration de loin, et ça vous demandait d’acheter des classeurs pour vos archives parce qu’il est obligatoire de conserver des archives. Et c’est vrai, c’est obligatoire de conserver des archives. Mais la lettre était tournée de telle sorte qu’on avait l’impression que c’étaient les classeurs qui étaient obligatoires.
Une vraie saloperie, donc. Et des cas comme ça j’en recense des dizaines. On ne peut pas parler d’arnaque, mais vraiment, on n’en est pas loin et c’est fait exprès. Certes, avec un peu de jugeotte on se rend compte que c’est une pub, mais je pense qu’un nombre non négligeable de jeunes entreprises doivent se faire avoir sur des coups comme celui-là.
Trademark Publisher
Aujourd’hui, j’ai reçu une lettre qui va encore plus loin. Vous avez peut-être entendu parler de Registry of America ? C’est une lettre que certains particuliers propriétaires d’un nom de domaine ont reçu, qui leur demandait de renouveler leur nom de domaine par courrier. Sauf que c’était bien sûr totalement bidon et qu’on n’est jamais relancé par courrier.
Là, c’est un certain Trademark Publisher qui a voulu jouer le rôle de l’INPI (Institut National pour la Propriété Intellectuelle). C’est là-bas qu’on va déposer nos marques et nos brevets. Pierre et moi-même y sommes allés peu après la création de Simple IT pour y déposer le Site du Zéro et la marque Simple IT entre autres. C’est courant de faire cela au lancement de l’entreprise ou d’un nouveau produit.
L’INPI, moyennant finances, protège la marque et certifie que nous en sommes propriétaires. On ne peut donc pas impunément créer une autre entreprise Simple IT ou un autre site appelé « Le Site du Zéro ».
Voici la lettre que j’ai reçue de ce « Trademark Publisher » ce matin, vous allez voir c’est tout à fait saisissant :

La lettre semble être assez sérieuse. Ca ne ressemble en tout cas pas de près ou de loin à une pub. Mieux que ça : la lettre est ciblée. On y reproduit notre logo, notre adresse, notre numéro et la date d’enregistrement même. Tout porte à croire que c’est un papier officiel. Sauf que ces informations-là sont publiques. Tout le monde a accès au dossier des marques de l’INPI et peut vérifier si une marque est déposée ou pas, et pour quels domaines. Tout le monde peut y télécharger notre logo, notre adresse, et y lire notre date de dépôt.
Une étude plus approfondie montre que c’est encore plus louche, puisque l’entreprise est domiciliée à Vienne en Autriche (alors que l’INPI est français). Mais quand même ! Les choses sont bien faites, on a pensé à tout : l’ordre de virement que vous n’avez plus qu’à signer et à envoyer à votre banque. Et alors là, bye bye vos 695 €.
L’INPI avertit que c’est une arnaque et recense d’autres arnaques du même genre, pour la plupart des entreprises autrichiennes, hongroises et un peu quelques allemandes. Mais cela suffira-t-il ? De très nombreux entrepreneurs me disent avoir reçu une lettre personnalisée du même genre. Et cette fois, le nombre de gens qui tomberont dans le panneau risque d’être bien élevé…