Simple IT : le blog

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lundi 22 septembre 2008

La vie trépidante de M. Argent (2/ Point de vue du gérant)

Nota : ce billet est la suite de celui-ci.

Billets

Je me rends compte qu'une partie des gens pense que quelqu'un qui crée une entreprise devient immédiatement riche, ou du moins "aisé". C'est en tout cas l'impression que j'ai parfois.

Le problème, c'est qu'on a tendance à prendre le problème à l'envers. Avant de penser "combien vous allez gagner", il faut surtout penser comment la boîte va marcher. Ensuite, et ensuite seulement, vous pourrez répondre à la question "est-ce que vous allez gagner de l'argent et combien". C'est ce que j'ai essayé d'expliquer dans le précédent billet.

Maintenant que nous avons vu dans les grandes lignes comment la boîte fonctionne (quelles sont ses rentrées et sorties d'argent), parlons du reversement de cet argent à ceux qui travaillent dans la boîte.

Une des plus grosses charges des entreprises, ce sont les salaires. Et c'est là que les choses deviennent moins drôles.

Les charges sociales et patronales

Si votre boîte a besoin d'employés pour démarrer (parce que, par exemple, vous ne pouvez pas tenir votre salon de coiffure tout seul), il va falloir les payer. Une évidence bien sûr, mais si j'enfonce des portes ouvertes c'est pour une bonne raison : les salariés sont une très grosse charge pour l'entreprise. En France du moins, car j'ai pu comparer avec d'autres pays pour me rendre compte que la situation est beaucoup moins asphyxiante pour l'entreprise ailleurs. La situation en France est particulièrement compliquée.

Le problème est le suivant : vous voulez payer quelqu'un disons 1600€ par mois. Vous pensez donc que la boîte va débourser 1600€ tous les mois pour le payer. Simple, logique. Eh bien non, c'est plus compliqué que cela.

Pour chaque salaire, vous devez mettre de côté de l'argent pour la caisse de retraite, pour l'assurance maladie et bien d'autres choses. Cela repose sur le principe de solidarité : il est possible que vous payiez bien plus de cotisations dans votre vie que vous n'en bénéficierez en retour. En effet, si vous n'êtes jamais malade par exemple, vous aurez payé beaucoup sans que cela ne vous soit finalement utile. L'inverse est aussi possible, d'où la notion de solidarité.

Revenons à notre salarié qui touche 1600€ par mois. Cette somme est appelée le salaire net. A ces 1600€ que vous payez tous les mois à votre salarié, il faut ajouter un certain nombre de cotisations sociales. Celles-ci sont de 2 types :

  • Les cotisations sociales salariales : ce sont des charges payées par le salarié. Elles sont en fait retenues par l'employeur sur sa fiche de paie. Le salaire net + les cotisations sociales salariales forment ce qu'on appelle le salaire brut. Dans notre cas, notre employé est peut-être payé 2000€ bruts, et ne touche vraiment que 1600€ nets au final. Voilà pourquoi il est important lorsque vous négociez votre salaire de savoir si votre futur employeur vous parle en net ou en brut !
  • Les cotisations sociales employeurs (ou charges patronales) : ce sont des charges payées par l'entreprise dont l'employé n'a en général pas connaissance ni conscience. Elles n'apparaissent pas sur la fiche de paie, mais l'entreprise les paie quand même. Le salaire net + les cotisations salariales + les cotisations employeurs forment ce qu'on appelle le salaire "super-brut". Ces charges patronales sont beaucoup plus élevées que les charges salariales.

Grosso modo, si on met tout bout à bout, l'employeur débourse en pratique le double de ce que l'employé est réellement payé. Environ 3200 € dans notre cas (je simplifie le calcul, mais c'est l'ordre de grandeur).

Et là, vous ne voyez plus les choses de la même façon. Si vous voulez "embaucher" quelqu'un 1600€ par mois, il faut mettre le double de côté tous les mois ! Voilà pourquoi je disais que ça coûte cher !

Pourquoi est-ce spécifique à la France ?

J'ai mentionné plus tôt que les charges en France étaient particulièrement élevées. Il ne faut pas croire que dans les autres pays les cotisations sociales n'existent pas. On en rencontre presque partout. Cependant, la part de ces charges y est en général beaucoup moins élevée.

Ce graphique résume bien la situation :

Cotisations sociales dans différents pays

On compare ici les cotisations sociales dans plusieurs pays. En bleu la part des cotisations salariales, en rouge la part des cotisations patronales.

Les salariés ont conscience de la part bleue car c'est elle qui fait la différence entre leur salaire net et leur salaire brut. En revanche, ils ne voient jamais la part rouge qui est pourtant, comme vous pouvez le constater, la part la plus élevée la plupart du temps.

Du reste, le graphique parle de lui-même : pour embaucher quelqu'un 1600€ / mois, ça coûte beaucoup moins cher de le faire en Australie qu'en France ! Après bien sûr, les mécanismes de protection sociales sont en général bien moins complets dans ces pays-là qu'en France : on ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre.

Ce dont je voulais faire prendre conscience surtout ici, c'est le poids de ces cotisations que l'employeur doit payer.

Bon, et vous, vous vous payez comment ?

On s'est intéressé ici au cas où l'employeur embauche un salarié. En ce qui nous concerne, nous n'avons pas de salarié pour le moment comme vous le savez peut-être (et les chiffres que je viens de vous donner un peu plus tôt devraient vous faire comprendre que la boîte doit gagner vraiment beaucoup d'argent pour pouvoir embaucher !).

Pierre et moi sommes gérants majoritaires dans la boîte. Cela signifie que nous sommes des travailleurs non salariés. Cela ne veut pas dire que nous ne pouvons pas être payés, ni même que nous ne bénéficions pas de couverture sociale (et heureusement !). Bon, il y a des différences entre un salarié et un non salarié (par exemple j'ai voulu me commander des chèques resto mais je n'ai pas pu, c'est réservé aux salariés), mais passons sur ces différences.

Nous pouvons nous payer de plusieurs façons différentes. On peut retenir surtout :

  • Le salaire de gérance : cela ressemble beaucoup au "salaire" classique d'un employé. On paie des cotisations sociales là-dessus dans le même ordre de grandeur.
  • Les dividendes : comme nous possédons des parts dans l'entreprise, nous sommes actionnaires. Si à la fin de l'année l'entreprise réalise des bénéfices (c'est-à-dire que son chiffre d'affaires est plus élevé que l'ensemble de ses charges), nous pouvons choisir de nous reverser tout ou partie de ces bénéfices en fonction des parts que nous possédons dans l'entreprise (50% chacun dans notre cas). Les cotisations sociales ne s'appliquent pas, mais l'Etat récupère quand même une partie de cet argent (dans des proportions moins élevées).

Le tout est de mixer judicieusement les deux. Si on se paie tout en salaire de gérance, on va payer énormément de cotisations sociales qui vont coûter très cher à l'entreprise... et nous ne voulons pas être un poids pour notre entreprise non plus.

Si on se paie tout en dividendes, d'une part on ne peut se payer qu'une fois par an (parce que les dividendes sont calculées à la fin de l'année) et d'autre part on ne cotise pas pour la retraite ou la maladie, ce qui nous retombera probablement dessus tôt ou tard.

Il faut donc bien réfléchir à la façon de se payer, car cela a des incidences pour la boîte comme pour nous. On peut par exemple se payer un salaire de gérance un peu moins élevé, mais rattraper cela avec le versement des dividendes à la fin de l'année.

En ce qui nous concerne, car c'est la vraie question que tout le monde se pose : notre situation ne nous permet pas de nous verser un salaire de gérance régulier. Pour autant, cette situation n'est pas encore un problème : nous avons l'intention d'augmenter notre chiffre d'affaires pour dans un premier temps pouvoir nous payer dans des proportions convenables. Ce sera toujours moins que ce qu'un ingénieur comme nous est en général payé (36 000 € bruts par an). Ce sera peut-être au début le tiers, la moitié, puis on se rapprochera du salaire d'un ingénieur.

Ce qui est certain, c'est que nous ne pouvons pas avoir fait les études que nous avons faites et être éternellement payés la moitié du salaire qu'on devrait toucher. Certes, il y a la passion, mais vous pouvez difficilement justifier cela à vos parents ou à votre entourage. Pourtant, nous ne sommes pas pressés pressés : nous savons qu'il faut du temps pour que les choses démarrent et, croyez-moi, nous oeuvrons pour que les choses s'améliorent progressivement.

Ce qui compte pour le moral, c'est que les choses progressent dans le bon sens. Si nous sommes moins payés que d'autres, ce ne sera pas trop dérangeant du temps que les perspectives sont bonnes et que ça évolue.

J'espère vous avoir éclairé un peu sur les raisons qui font que payer quelqu'un et se payer soi-même peut coûter très cher à l'entreprise. Voilà pourquoi nos salaires ne sont pas prioritaires pour le moment. Nous faisons des concessions mais espérons bien entendu rattraper cela à l'avenir.

Ce qui compte, c'est de croire en son projet tout en gardant un certain recul pour ne pas foncer droit dans un mur. Si vous voyez les choses sous cet angle, vous comprenez pourquoi le fait que nous ne touchions pratiquement rien pour le moment n'est pas un problème aujourd'hui.

samedi 13 septembre 2008

La vie trépidante de M. Argent (1/ Point de vue de l'entreprise)

S'il y a une question qui revenait souvent dans vos commentaires, c'est bien "Comment vous faites pour vous payer ? Gagnez-vous vraiment de l'argent ? Je ne comprends pas comment on peut vivre d'un site".

Billets

La question est simple et légitime. Malheureusement, y répondre ne sera vraiment pas simple. Les choses sont bien plus compliquées que cela : il y a plusieurs façons de se payer quand on est gérant de boîte comme nous, et toutes ont leurs avantages et leurs défauts. Finalement, on est loin de la situation "simple" du salarié qui reçoit sa fiche de paie et un virement tous les mois, le tout sans surprise (puisque le montant a été négocié dans le contrat de travail). Pour nous, il n'y a rien de tout cela et la situation est beaucoup plus volatile qu'il n'y paraît.

Avant toute chose, il me semble indispensable de définir les notions de chiffre d'affaires et de charges proprement afin que je sois sûr que nous nous comprenons bien. En clair, il faut que vous voyiez les choses du point de vue de l'entreprise avant de les voir du point de vue "combien vous touchez tous les mois".

Le chiffre d'affaires et les charges de l'entreprise

C'est un peu le B.A.-BA, mais puisque le but de ce blog est aussi de vulgariser certaines notions qui ne sont pas connues de tout le monde, allons-y. :o)

Pour dire les choses simplement, une entreprise est censée gagner et perdre de l'argent régulièrement. Ce sont des flux qui vont et viennent depuis le compte bancaire de la boîte. La situation est comparable à votre relevé de compte : vous avez une colonne crédit (pour l'argent que vous gagnez) et une colonne débit (pour l'argent que vous perdez).

Dans le vocabulaire de l'entreprise, il y a des mots pour ça :

  • Chiffre d'affaires : c'est la quantité totale d'argent reçu par l'entreprise, qui vient de ses clients. En général, on calcule le chiffre d'affaires annuellement au moins, mais rien ne nous empêche de le faire tous les semestres voire tous les trimestres ou tous les mois. Il est néanmoins préférable de le calculer sur une longue période de temps pour avoir une bonne moyenne, car certains mois peuvent être très creux et d'autres bien meilleurs.
  • Charges : c'est la quantité totale d'argent dépensé par l'entreprise, pour payer ses prestataires mais aussi ses employés. Toute boîte a des charges et là encore, on peut les calculer annuellement, semestriellement, etc.

Bénéfices ou pertes ?

On peut le deviner aisément : le chiffre d'affaires fait un "+" sur le compte en banque tandis que les charges font un "-".

Faisons la différence entre les deux : chiffre d'affaires - charges. Si vous avez bien suivi (et honnêtement ce n'est pas trop dur pour le moment :D), le résultat de cette opération vous indique combien d'argent il vous reste à la fin ou combien vous en devez. Les choses étant parfois bien faites, ce nombre est appelé résultat. Il est calculé chaque année.

  • Si le résultat est positif : l'entreprise a gagné de l'argent. Elle est bénéficiaire.
  • Si le résultat est négatif : l'entreprise a perdu de l'argent. Elle est déficitaire.
  • Cas particulier, si le résultat est nul : l'entreprise n'a ni gagné ni perdu de l'argent. On dit qu'elle est à l'équilibre.

Toutes les entreprises ne sont pas bénéficiaires, loin de là. Bien sûr, l'objectif ultime de toute entreprise est d'arriver à ce stade bénéficiaire et, si possible, de faire beaucoup de bénéfices. C'est dans la nature humaine que de se fixer des objectifs toujours plus ambitieux. Quand vous avez obtenu quelque chose, vous êtes content un moment, puis vous vous mettez en tête un nouvel objectif, plus difficile à atteindre. C'est comme cela que l'on avance. On ne se dit pas un jour "Ah ça y est, j'ai tout ce que je voulais, bon je reste comme ça, je ne bouge pas". On a quoiqu'on en dise toujours un nouvel objectif (qui n'est pas forcément financier, notez bien).

Investir et risquer son argent

Mais je m'égare. Avant d'arriver au stade bénéficiaire, il est courant qu'une entreprise passe par le stade déficitaire. En règle générale, on met du temps à démarrer et à réaliser du chiffre d'affaires tout en réduisant les charges.

Prenons un exemple que vous connaissez peut-être : le journal Métro. C'est un journal gratuit (comme le "20 minutes") diffusé dans le métro. Que pensez-vous de cette boîte ? Le journal est gratuit mais blindé de publicités, "ils doivent se faire beaucoup d'argent". C'est faux. Cela fait des années que Métro existe (depuis 2002) et il a commencé par perdre de l'argent chaque année. Depuis 2005, Métro a atteint l'équilibre. Mais pour y parvenir, son principal propriétaire, TF1, y a cru et a dû investir.

Roulette

C'est pour cela qu'il y a des investisseurs : des gens qui ont de l'argent et qui acceptent de vous en donner. Ils ne vous le prêtent pas, ils vous le donnent. Ce n'est pas comme un emprunt à une banque : on n'a rien à rembourser. L'investisseur prend un vrai risque : si la boîte dans laquelle il a investi (donné de l'argent) réussit, tant mieux pour lui : il gagnera plus d'argent qu'il n'en avait misé au départ. Si elle coule, il a tout perdu et il ne peut absolument rien réclamer. C'est un peu comme jouer son argent au loto, à la différence près que l'on ne compte pas sur le hasard mais sur sa confiance envers l'entreprise dans le fait qu'elle va réussir.

Des gens qui investissent, il y en a tous les jours. Ce ne sont pas forcément des gros requins de la finance (mais il y en a). C'est aussi vous, vos parents, vos connaissances qui investissent leur argent. Quand on ne s'y connaît pas trop, on laisse en général sa banque gérer notre argent (pour peu qu'on ait ouvert un compte titre, car l'argent sur un compte chèque y reste). La banque investit votre argent dans des entreprises, parfois grosses, parfois plus petites, en essayant de miser sur les "bonnes" qui vont réussir. Si ça marche, vous gagnez, si ça rate, vous perdez.

Le cas de Simple IT

L'investissement de départ d'une entreprise réside dans son capital. Comme vous l'avez lu récemment, Simple IT a un capital de 2 000 €. Disons les choses sèchement d'un point de vue financier : c'est complètement ridicule comme investissement. Mais comme je tiens à le répéter, chaque entreprise est un cas un peu particulier et on doit s'y intéresser de près pour comprendre ses choix. Il est royalement vain de comparer - par exemple - Simple IT et Google (quoique certains n'ont pas hésité à le faire, merci, c'est flatteur, mais Google et nous on ne vit pas du tout dans le même monde :D ). Dans notre cas, nous avions déjà le Site du Zéro dès le début de l'entreprise et nous le considérons comme un produit à valeur ajoutée pour la boîte. Mais nous n'avons pas demandé à un investisseur de nous aider en nous donnant - par exemple - quelque chose comme 50 000 ou 100 000 euros. Au contraire, de grosses entreprises telle que Google ont dès le départ levé des fonds et recueilli des millions de dollars de la part d'investisseurs pour démarrer. Comme vous le voyez, c'est plus qu'un fossé qui sépare les "grosses boîtes dont vous entendez parler" et les "petites boîtes anonymes comme la nôtre".

Quoiqu'il en soit, il faut savoir qu'il n'est jamais trop tard pour rechercher un investisseur même après la création. Nous ne l'avons pas fait car pour le moment nous ne pourrions pas utiliser cet argent, mais rien ne nous empêche de le faire à l'avenir si vraiment le besoin s'en fait sentir pour une raison ou une autre. Le défaut (mais qui est normal en fait), c'est que l'investisseur prend des parts dans l'entreprise et donc qu'on perd un peu en indépendance. Ce n'est jamais trop grave tant que l'on conserve plus de 50% des parts : on a toujours le dernier mot pour prendre des décisions.

Vous vous demandez certainement où nous nous situons. Nous pouvons vous répondre dans les grandes lignes, sans donner un chiffre précis car ce serait trop exposer le coeur de la boîte à ses partenaires et concurrents. Alors la bonne nouvelle, c'est que dès sa première année d'exploitation, Simple IT a été bénéficiaire. De peu. En fait, on devrait plutôt considérer à ce stade qu'on est à l'équilibre. C'est donc déjà très encourageant, sans être non plus immédiatement la panacée (s'il n'y a pas de challenge, ce n'est pas rigolo ;o).

La suite au prochain épisode

Je vous ai présenté ici les grandes lignes de ce qu'il faut savoir vis à vis de l'argent du point de vue de l'entreprise. Dans un prochain billet, nous nous intéresserons aux questions d'argent du point de vue du gérant (nous). Vous verrez que les deux sont intimement liés, qu'ils poursuivent en quelque sorte le même but mais avec un angle de vision des choses très différent. Vous verrez aussi qu'il faut savoir sacrifier son propre point de vue au profit de celui de l'entreprise. Plus facile à dire qu'à faire, et pourtant nécessaire si on ne veut pas foncer droit dans un mur.